dimanche 20 février 2011

Jean-Claude Convenant est un ambassadeur

Décidément les rapports diplomatiques Franco-Tunisien ne vont plus.
Après les petites vacances entre amis de la Ministre des Affaires Etrangères, et accessoirement du Ministre chargé des relations avec le Parlement (il faut bien un ministère pour ça...), après la démission du Ministre des Affaires étrangères tunisien qui aimait un peu trop notre Ministre à nous, voici que le nouvel ambassadeur de France en poste à Tunis agace une population tunisienne qui prend goût à la liberté de parole.

Rapidement les faits: L’ancien ambassadeur de France en Tunisie avait été gentiment remercié pour n’avoir pas su apprécier l’humeur du temps et surtout le parfum de la révolution des Jasmins. A tel point, que le Ministre des Affaires Etrangère, ma’ame MAM, ne semblait pas vraiment au jus des troubles dans le pays, et c’était donc empressée de soutenir le tourisme local en y partant en vacances pendant les fêtes de Noël.
Soutien au combien zélé puisqu’il allait jusqu’à chaperonner ses propres parents pour investir dans la pierre (et vacances?).

Bref, on appel pour le poste le jeune et fringant Boris Boillon, jusque là ambassadeur de France en Irak.

Fraîchement débarqué dans son bureau, son excellence se lâche au cours d’un point presse et renâcle à commenter les vacances de sa Ministre. En gros: messieurs et mesdames les journalistes tunisiens, c’est pas comme ça qu’on fait son boulot, on est prié de relayer le plan comm’ que j’ai mis en place, enfin que l’Elysée a mis en place comme une bonne partie de la presse en France le fait (hormis «une certaine presse», comme le dirait Morano et consort).

Seulement voilà, la Tunisie n’est pas la France.
La Tunisie apprend à respirer, les tunisiens à parler librement et les journalistes à poser les questions qu’on leur a trop longtemps interdit de poser. Donc gros mouvement d’humeur et demande de départ du-dit ambassadeur qui se fend d’un tweet d’excuse et enfin d’un communiqué. Mais je crains que ce soit trop tard.

Alors? Comment on en arrive là?



On en arrive là en regardant le parcours de son excellence.

Boris est un pur produit de la machine Sarkozyste. Un coup d’oeil à sa fiche wiki nous apprend qu’après les études qui vont bien, et passionné par le monde arabe, celui qui n’est pas encore président le repère et le choisit comme conseiller diplomatique alors que Sarkozy est Ministre de l’intérieur (on pourrait s’interroger sur la nécessité de ce poste au passage...).
Après sa victoire aux présidentielles, il rejoint Guéant et l’aide à préparer le dossier des infirmières bulgares et la visite de Khadafi en France. Oui, oui, celle où l’image de la France, terre des Droits de l’Homme, a quand même été singulière ridiculisé dans ce grand Barnum (tente comprise). Il faut croire qu’on s’en réjouit à l’Elysée, car le jeune Boris (il a quarante ans) est nommé ambassadeur de France en Irak.

Il prends cela comme un challenge. Et c’est d’ailleurs au magazine du même nom qu’il donne une interview édifiante où le Boris se voit comme le VRP de la France dans un pays à reconstruire. Une sorte de Jean Claude Convenant (le VRP un peu beauf de la série Caméra Café) de la diplomatie.
L’Irak passe pour un nouvel El Dorado, où on peut signer des contrats, pomper du pétrole, installer des centrales. Mais attention, la conquête de l’Ouest fut aussi la période la plus sauvage des Etats Unis.

Malgré tout, Boillon pense sincèrement que l’invasion américaine a été une bonne chose pour la démocratie.

Seulement la démocratie ne s’exporte pas comme du pétrole, des centrales électriques ou les voitures de luxe. La démocratie s’impose par et pour le peuple. Or c’est ce que semble oublier le jeune diplomate, tous diplômes qu’il a.

Le Maghreb vient de nous le rappeler. Certes, rien n’est encore joué, mais le sens de l’Histoire nous rappelle que c’est de la rue que vient le changement de vent.
La France, pays de révolutions, devrait le savoir.

Et alors que la Tunisie vient de nous donner une leçon de démocratie, de courage, de fierté et de sang froid, on nomme comme ambassadeur un quadra Rolex au poignet dont on sent bien que son parcours ne laisse présager que le cynisme d’un gouvernement et de son Président qui flairent à l’horizon des contrats commerciaux.

Tout ce qui arrive aujourd’hui, dans nos rapports avec la Tunisie, est en fait cohérent.
On a des retraités qui veulent partir là bas finir leurs jours parce que c’est pas cher.
On a des compagnies françaises, comme Orange, qui ne souciaient pas trop des problèmes internes du moment que les contrats étaient signés.
On a des Ministres qui partent en pleine révolution se faire dorer la pilule en all-inclusive (même le jet privé)
et donc un ambassadeur qui regarde de haut les journalistes, comme son maître le fait en France.

Dans le papier de Challenge on apprend que Sarkozy l’appelle son «petit Arabe».

Et bien qu’il fasse gaffe le petit Arabe de ne pas se faire botter le cul par ses frères...

La fiche wiki de Boris Boillon:
http://fr.wikipedia.org/wiki/Boris_Boillon

La page facebook de Boris Boillon:
http://www.facebook.com/BorisBoillon

L’interview de Boris Boillon dans Challenge (02.09.2010)
http://www.challenges.fr/magazine/tetesaffiche/0222.031772/en_irak_la_france_sappuie_sur_un_vrp_enthousiaste.html

Article de Libération sur la manisfestation devant l’Ambassade de France à Tunis:
http://www.liberation.fr/monde/01012321039-manifestation-a-tunis-pour-faire-partir-le-nouvel-ambassadeur-de-france

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire